Nos familles alliées – Les Amiot et les Miville
Le Lien, Volume 2, numéro 4, octobre-novembre-décembre 1992
On a vu plus haut que l’oncle d’Anne-Marie, Charles Amiot, s’intéressait grandement à la pêche, notamment à l’anguille. L’embouchure de la rivière Etchemin1 sur la rive sud du fleuve est réputée pour ses pêches à l’anguille fort abondantes. Quoi de plus normal donc que Charles se voie attribuer une terre dans la seigneurie de Lauzon en 1652 pour avoir de meilleurs droits de pêche. Mais comme il n’y habite pas, puisqu’il a maison et commerce sur la Place Royale à Québec, mais qu’il est préférable qu’il exploite sa concession s’il veut en garder le plein contrôle, Charles loue cette terre de la Pointe-de-Lévy à quelques amis, dont Jean Huard. Ce même Charles deviendra plus tard seigneur du fief Vincelotte2, près de Cap Saint-Ignace.
En 1651, Marie Miville donne naissance à un fils qui portera le nom de Charles et qui lui aussi résidera dans la seigneurie de Lauzon. Il semble même qu’il ait occupé la terre de son oncle Charles[3]. Chose certaine, au recensement de 1681, apparaît un Charles Amiot, âgé de 30 ans, qui est bel et bien le fils de Mathieu, donc le frère d’Anne-Marie, épouse de notre ancêtre. Ce Charles a épousé Rosalie Duquet. Ils ont eu huit enfants dont cinq garçons. Ils occupent une terre de dix arpents. Par contre, ils n’apparaissent plus au plan cadastral de Saint-Joseph-de-Lévis en 1706.
Parlons maintenant des Miville. Le grand-père maternel d’Anne-Marie, Pierre Miville, est natif de Fribourg en Suisse. À Brouage, en France, en 1632, il épouse Charlotte Maugis. De cette union naissent six enfants dont Marie, l’aînée, François et Jacques. La traversée des Miville se fait en 1649. Et le 28 octobre de la même année, Pierre et son fils François se voient chacun concéder une terre dans la seigneurie de Lauzon. Outre les deux Miville, on ne compte alors que trois autres colons sur la rive sud de Québec : Guillaume Couture, François Bissot et Jacques Cadoret.
Pierre Miville était maître-menuisier et fut longtemps capitaine en second de la côte de Lauzon. Son fils François fut seigneur du lieu appelé « Bonne-rencontre » sur les bords de la rivière Chaudière. Quant à Jacques Miville, il alla se fixer à Rivière-Ouelle et c’est de lui que descend la lignée Miville-Deschênes de la région de Kamouraska. Pierre est décédé en octobre 1669 et sa femme Charlotte, en 1676. Mais trois ans avant la mort de celle-ci, le 2 mai 1673, le Conseil supérieur de la colonie ordonne l’avis d’adjudication de la terre de feu Pierre Miville et de Charlotte Maugis. Donc, François a probablement quitté la seigneurie à ce moment-là et n’y a laissé aucun descendant. Les Miville, une des familles pionnières de la rive sud de Québec, auront donc vécu moins de trente ans sur ces terres.
Après avoir fait connaissance avec ces deux familles, attardons-nous maintenant sur l’alliance qui les a rapprochées. Le 22 novembre 1650, Mathieu Amiot, fils de Philippе, épouse à Québec Marie Miville, fille de Pierre. Important propriétaire foncier de la capitale, Mathieu acquiert une demeure sur la rue Notre-Dame, au pied de la côte de la Montagne. C’est là que naissent leurs enfants dont Anne-Marie, le 21 mars 1654.
Vers 1660, notre ancêtre Jean Huard s’amène en Nouvelle-France. Très tôt, il fait la connaissance de l’oncle d’Anne-Marie, Charles Amiot, de qui il loue une terre dans la seigneurie de Lauzon.
II connaît aussi les Miville, habitants également de ce même territoire. Pas surprenant donc qu’il fasse la connaissance d’Anne-Marie, sûrement au moment où celle-ci n’a encore que 6 ou 7 ans. En 1670, alors qu’elle est âgée de 16 ans, il la demande en mariage et fonde une famille sur la terre qu’il exploite depuis quelques années déjà et sur laquelle sont probablement construits maison, grange et étable. Anne-Marie n’est pas trop dépaysée. Son frère Charles vit déjà à la Pointe-de-Lévy[4], tout comme ses grands-parents Miville et son oncle François Miville. Voilà donc comment s’est formée l’alliance Huard-Amiot-Miville dans la Nouvelle-France du 17e siècle.