Association des familles Huard

Des Huard en Beauce depuis 1752

Des Huard en Beauce depuis 1752

Le Lien, Volume 3, numéro 2, avril-mai-juin 1993

Pour les descendants de Jean Huard et d’Anne-Marie Amiot, quoi de plus normal en cette fin du 18e siècle que de suivre la mode de l’époque et d’émigrer dans une nouvelle contrée appelée la Beauce ? Cela représentait un défi de taille. Sur la côte de Lauzon, les terres sont presque toutes occupées. Elles ont même été subdivisées entre les enfants qui, à leur tour, les ont morcelées en petits lots pour leurs propres rejetons.

C’est en 1736 que le gouverneur de Beauharnois et l’intendant Hocquart concèdent des seigneuries sur le territoire qui allait devenir la Beauce. Joseph Fleury de la Gorgendière en reçut une à laquelle il donna le nom de « Nouvelle-Beauce », non pas que ce territoire ressemblait à la Beauce française, loin de là, mais parce que ces terres devinrent rapidement très productives, comme la Beauce d’outre-mer.

En 1739, naît la paroisse de Saint-Joseph-de-Beauce et en 1745, celle de Sainte-Marie. Parmi les premiers colons qui se sont établis à Saint-Joseph, on remarque Joseph Poulin, dont la fille Josette (Josephte) épousera en 1770 Augustin Huard, fils d’Étienne, venu de Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévy. Il y a aussi, parmi ces fondateurs de la Nouvelle-Beauce, Noël Maheu, père de Françoise, première épouse de ce même Augustin, en 1761.

Dès le début, il se créa un lien d’amitié et de solidarité très fort entre les habitants des seigneuries de Lauzon et de la Beauce. Les colons de la côte de Lévis voulaient tous aider leurs « voisins »« à transporter vivres ou choses de première nécessité ». C’était compréhensible… on y avait presque tous un fils, une fille, un frère ou une soeur. Le voyage devait se faire à pied ou en canot lorsque les rivières Chaudière et Etchemin s’y prêtaient. On appelait d’ailleurs les Beaucerons les « jarrets noirs » parce qu’ils arrivaient toujours à la Pointe-de-Lévy couverts de boue et de poussière.

Les premiers Huard

Ces liens très étroits se sont renforcés par de nombreuses alliances conjugales. La grande famille Huard ne fit pas exception. Ainsi, la première à s’unir avec un Beauceron fut Marie-Ursule Levasseur, fille de Geneviève (I) Huard et de Louis Levasseur. Elle épousa le 3 juillet 1752 à Saint-Joseph-de-Lévy, Louis Grégoire, fils de François et de Geneviève Dubois. Il y eut aussi Catherine Huard, fille d’Étienne, qui le 2 octobre 1754 épousa Jean-Baptiste Jacques, fils de Louis et Marguerite Sigouin. Un premier garçon Huard, Augustin (fils d’Étienne) s’établit en Beauce peu après la conquête. Il épouse à Saint-Joseph-de-Beauce le 2 février 1761, Françoise Maheu, fille de Noël et de Madeleine Ménard. Au moment de son mariage, Augustin a 32 ans. Il s’unira en secondes noces, le 30 juillet 1770, à Josette Poulin, fille de Joseph et Marguerite Huot. Marie, Catherine et Charles, soeurs et frère d’Augustin, vont le suivre quelques années plus tard.

Entre temps, un autre Huard s’amène en Beauce. Il s’agit de Joseph Huard, un garçon de la 4e génération, dont le père Jean-Baptiste était le cousin d’Augustin, cité dans le paragraphe précédent. Même si Joseph est de la 4e génération et Augustin de la 3e, ils sont à peu près du même âge, Joseph étant né en 1740 et Augustin en 1739. Joseph a marié à Sainte-Marie-de-Beauce, le 9 février 1767, Marie Gagnon, fille d’Ignace et de Marie Barbe Petit. Enfin, la soeur de Joseph, Marie-Josette, est aussi établie en Beauce au moment où son frère aîné arrive dans ce coin de pays. Elle est mariée depuis avril 1763 à Thomas Roy. Elle connaîtra une 2e union en juin 1770 avec Joseph Fortin.

Il semble que ce soient là les sept descendants de Jean et d’Anne-Marie qui ont décidé de vivre dans la vallée de la Chaudière.

Augustin, Charles et Joseph Huard… sacristains

Augustin Huard a joué un rôle important à Saint-Joseph-de-Beauce avant même son mariage avec Françoise Maheu. Il était sacristain (bedeau) car il signe comme témoin à presque toutes les sépultures de la paroisse entre le 2 février 1760 et le ler juillet 1765 et souvent pour des enfants amérindiens (malécites ou abénaquis).

Quant à Joseph, au moment de son premier mariage, le 2 février 1761, il occupe aussi ces fonctions de sacristain. Même Charles, jeune frère d’Augustin, signe comme témoin de quelques sépultures à l’été de 1761.

Aux registres de Saint-Joseph-de-Beauce, les 18 septembre 1762 et 13 mars 1763, on retrouve les sépultures de deux petites filles, appelées toutes deux Marie Feuilleteau, filles de Louis et Marie Huard. Celle-ci est sûrement la soeur d’Augustin, mariée en 1749 à Louis Filteau, probablement devenu « Feuilleteau ». Les deux fillettes, âgées de 8 et 3 ans, ont été inhumées dans le cimetière de Sainte-Marie. Cette même Marie, appelée Marie-Anne, signe comme témoin au baptême de Marie-Catherine Jacques, sa nièce, fille de Catherine Huard et Louis Jacques. On dit de Marie-Anne qu’elle est la tante maternelle du poupon.

Donc, on retrouve en Beauce vers 1761, quatre enfants d’Étienne, soient Marie-Anne (Louis Filteau), Marie-Catherine (Jean-Baptiste Jacques), Augustin (Françoise Maheu) et Charles, célibataire, âgé de 20 ans.

Charles Huard… réprimandé par le gouverneur de la colonie

En 1775, les États-Unis viennent tout juste de déclarer leur indépendance et décident d’envahir le Canada pour le libérer des Anglais. Ils passent par le Maine et la Beauce. De nombreux Beaucerons, encore amers de la défaite française de 1759, accueillent les Américains en héros. Ils les nourrissent et les logent amicalement. Peu de jeunes joignent les rangs de la milice pour combattre l’envahisseur et ce malgré l’appel répété des curés et des seigneurs, partisans de l’autorité et du roi d’Angleterre. En février 1776 toutefois, les Américains sont battus et doivent retourner chez eux. En Beauce, on craint les représailles du gouverneur contre ceux qui ont pris parti pour les troupes du pays voisin.

Une commission d’enquête est donc instituée par le gouverneur de la colonie. Elle se trouve à Sainte-Marie-de-Beauce le 26 juin 1776. Charles Huard, frère d’Augustin est pointé du doigt. Joseph Huard, petit-fils de Jean-Baptiste, est lui aussi réprimandé pour avoir mis un peu trop de temps à crier « Vive le roi… d’Angleterre ». Mais les punitions ne sont pas très sévères. Le gouverneur n’a pas vraiment le choix. Il se doit d’amadouer cette population beauceronne et il en a là une occasion idéale.

En 1812, les États-Unis et l’Angleterre sont encore en guerre. Le Canada se retrouve indirectement mêlé à ce conflit. Dès le début des hostilités en juin, on demanda aux Canadiens de se tenir prêts. Seuls les miliciens de Saint-Joseph-de-Beauce se firent tirer l’oreille pour défendre la mère-patrie. Mais leurs voisins de Sainte-Marie les ramenèrent à l’ordre. En général toutefois, les Canadiens-français ne démontrèrent pas beaucoup d’intérêt, ne sachant pas vraiment pourquoi ils prenaient les armes contrairement à 1759.

Les Beaucerons peuvent être fiers de leurs ancêtres qui n’ont pas craint de travailler fort et de s’enfoncer en forêt. Loin de la ville de Québec, loin du commerce, du confort, d’une partie de leur famille, ces « jarrets noirs » arrivaient souvent à Saint-Joseph-de-Lévy exténués après de longues heures de marche et de navigation en canot. Mais ils étaient toujours prêts à danser et à chanter en revoyant leurs amis de la côte de Lauzon.

De Saint-Joseph et Sainte-Marie-de-Beauce, de nombreux Huard se sont dirigés vers la région de Mégantic, puis l’Estrie et les Bois-Francs. Certains sont revenus dans la région de Québec.

SOURCE: Histoire de la Seigneurie de Lauzon, Joseph-Edmond Roy. Histoire d’une lignée, Gabriel Huard.

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