Association des familles Huard

La vie de nos ancêtres – Nos valeureux religieux aux fils des ans

La vie de nos ancêtres – Nos valeureux religieux aux fils des ans

Le Lien, Volume 3, numéro 2, avril-mai-juin 1993

Lorsque nous racontons l’histoire de nos familles, nous sommes portés à ne penser qu’à la descendance père-fils. Trop souvent, nous oublions de parler de ceux qui ont consacré leur vie à la religion. Depuis le début de la colonisation, combien de milliers de jeunes Québécois, femmes et hommes, ont été appelés par la religion? Le chiffre est très élevé et, au fil des années, la grande famille Huard n’a pas fait exception. Jetons donc un petit coup d’oeil sur la vie de quelques-uns des descendants Huard qui se sont faits religieux ou religieuses. Mais d’abord, l’histoire de sept enfants de Jean Huard et de Célina Cayouette.

Un miracle à Tingwick. Jean Huard (8e génération, de la lignée de Jean-Baptiste) est le fils de Louis Huard et de Madeleine Nollet, de Sainte-Marie-de-Beauce. Issu d’une famille de onze enfants, Jean suit ses parents et quelques-uns de ses frères et soeurs à Lewiston (Maine) vers 1865. C’est là qu’il épouse, le 7 janvier 1874, Célina Cayouette. Peu de temps après, Jean décide de revenir au Québec et s’installe à Tingwick, dans les Bois-Francs. Il y exploite une ferme. Célina et Jean auront 14 enfants, dont trois vont mourir en bas âge.

Par un bel après-midi de l’été 1895, on complétait la récolte à la ferme Huard. Les aînés travaillaient au champ tandis que cinq bambins s’amusaient à la grange en attendant le prochain « voyage de foin ». Soudain, le firmament s’assombrit, le vent s’élève et un terrible ouragan s’abat sur la campagne. Célina, seule au foyer, s’inquiète de ses enfants, mais avant d’avoir pu les rejoindre, elle voit de sa fenêtre le bâtiment qui chancelle sous la tourmente et s’écroule avec fracas. « Mes pauvres petits, s’écrie-t-elle, les voilà tous morts! ». De loin, le père aussi a vu le désastre et accourt pour organiser le sauvetage, tremblant de ne retrouver, sous les décombres, que des cadavres mutilés. Ô Providence admirable! Les cinq enfants sont là, vivants, sans autre mal que la peur qui les glace. D’une ferme à l’autre, le fait a vite parcouru la paroisse. Le curé lui-même, venu pour féliciter les parents, constate une évidente protection du Ciel. « Surveillez bien ces petits, leur dit-il. Le bon Dieu a certainement sur eux des vues de prédilection. »

Le bon prêtre avait raison : les deux garçons et les trois fillettes qui ont échappé à la mort allaient tous être gratifiés d’une vocation religieuse et devinrent par la suite Frère Herménégilde et Frère Adolphe, des Écoles chrétiennes, et Soeur Huard, Soeur Cayouette et Soeur Saint-Thomas d’Aquin, des Soeurs Grises de Montréal. De plus, un autre garçon et une autre fille de la famille ont aussi fait partie de ces deux congrégations. Au total, sept des dix enfants vivants de Jean et de Célina sont entrés en religion. Voici une brève biographie de chacun d’eux.

Évelyne, née le 5 janvier 1883, était âgée de 12 ans au moment du drame. Elle songeait déjà à la vie religieuse. Elle est entrée au noviciat des Soeurs Grises en décembre 1901 et elle devint soeur Adéline en avril 1904. Elle s’occupa des malades pendant 17 ans au Manitoba et au Nouveau-Brunswick, avant de se retirer en 1921 à la maison-mère, où elle se rendit utile par maints travaux. De santé fragile, elle s’éteignit le 7 août 1933 à Montréal, à l’âge de 50 ans, à sa 32e année de vie religieuse.

Napoléon, né le 11 avril 1885, se présente au petit-noviciat de Maisonneuve des Frères des écoles chrétiennes en août 1897. Il reçoit le saint habit en août 1901 sous le nom de frère Herménégilde. L’année suivante, il amorce une carrière de 51 ans dans l’éducation : treize ans comme enseignant, directeur pendant 27 années, secrétaire du Frère Visiteur pendant 18 mois, et sept ans comme caissier. Il a été directeur de l’Académie d’Ottawa de 1918 à 1921, directeur du noviciat de Mont-de-La-Salle de 1921 à 1929 et directeur général à Laval-des-Rapides de 1945 à 1948. Il est décédé à Laval, le 26 mars 1954, ågé de 68 ans et dans sa 41e année de vie religieuse.

Rose-Aimée, née le 25 novembre 1886, s’est amenée au noviciat en août 1905. Elle a prononcé ses voeux sous le nom de soeur Cayouette le 15 août 1905. Elle a surtout oeuvré dans l’Ouest canadien, à Calgary, Edmonton, Régina, Saskatoon et Saint-Paul. Infirmière exemplaire, aimée de tous ses malades, elle s’est effondrée lors de sa retraite annuelle début août 1959. Elle a été hospitalisée quelques jours seulement, quittant les siens le 6 août. Elle avait 72 ans et a consacré 51 années de sa vie aux Soeurs Grises.

Marguerite est née à Tingwick, comme ses frères et soeurs, le 2 février 1889. À 17 ans, elle entra au noviciat. Elle devint soeur Saint-Thomas d’Aquin le 7 décembre 1908. Elle fut immédiatement désignée à l’hôpital de Saint-Boniface au Manitoba. Atteinte jeune de la sclérose, elle rendit l’âme le 25 mars 1915. Elle venait d’avoir 26 ans et était dans sa 9e année de vie religieuse. Elle est décédée à Saint-Boniface, Manitoba.

Félix, né le 20 novembre 1892, entre au juvénat en 1905 et au noviciat en février 1909. En 1911, il est affecté à l’Académie de La Salle à Trois-Rivières. Il prononce sa profession perpétuelle sous le nom de frère Malo-Adolphe le 13 juillet 1921. Après un second noviciat en Belgique en 1927, frère Adolphe est dirigé vers l’Académie de Québec. En 1929, il devient directeur du pensionnat d’Arthabaska. Il est ensuite transféré à Saint-Raymond, dans le comté de Portneuf. Il occupe enfin des responsabilités importantes à la Procure des Frères des Écoles chrétiennes à Québec. On dit que son passage de six années à cet endroit a été une période de progrès. Après un séjour à Sainte-Angèle de Lambton, où il installe entre autres un système de pompes contre d’éventuels incendies, il s’éteint le 7 décembre 1963 à Québec à l’âge de 70 ans et 11 mois.

Marie-Anna est née le 12 septembre 1894. En août 1914, la généreuse jeune fille offre ses 20 ans à la congrégation qui a déjà reçu trois de ses soeurs aînées. Elle revêt le saint habit en décembre de la même année. Elle prononce ses voeux perpétuels le 15 août 1920 sous le nom de soeur Marie-Anna. Elle sera par la suite une infirmière de premier ordre. Elle obtient son diplôme en 1922 à Toledo. Elle oeuvrera à Saskatoon, à Régina, à Nashua, au Nouveau-Brunswick, à Cambridge et à divers instituts, infirmeries et foyers. Elle prend une retraite bien méritée en 1964. Le 11 février 1968, alors qu’elle prend son dîner, une embolie la terrasse. Elle était âgée de 74 ans et comptait 54 années de vie religieuse.

Emery est le plus jeune des sept enfants de Jean et de Célina à offrir sa vie à la religion. Il est né le 3 mars 1898. En 1910, âgé de 12 ans, il entre au juvénat Maisonneuve de Montréal. Quatre ans plus tard, il fait son entrée au noviciat. On lui donne le nom de frère Maurus-Patrice. En janvier 1916, il est pris d’une grippe persistante qui dégénère en maladie pulmonaire importante. Celle-ci l’emporte, le 18 août 1916. Il n’avait que 18 ans et 5 mois. Ceci complète l’histoire de cette admirable famille. Nous ne pouvons passer sous silence l’aimable collaboration de soeur Gaëtane Chevrier et de frère Léopold Latulipe, respectivement des Soeurs Grises de Montréal et des Frères des Écoles chrétiennes. C’est avec la documentation qu’ils nous ont fournie que nous avons pu vous donner autant de détails sur la vie de ces sept religieuses et religieux. Un gros merci.

Quelques autres religieux…

Dès la 2e génération, on note la présence d’une religieuse. Soeur Louise Huard, fille de nos ancêtres Jean et Anne-Marie, née à Saint-Joseph de Lévis le 28 septembre 1676, est devenue Ursuline à Québec. Elle est toutefois décédée jeune, le 8 février 1703. Le chanoine Victor-Alphonse Huard (6e génération, de la lignée d’Étienne Huard), fils de Laurent et d’Ursule Therrien, a été directeur-propriétaire des publications du Naturaliste canadien. Victor-Alphonse est né à Saint-Roch de Québec vers 1860[1].

Soeur Viola Huard, née à Shawinigan-Sud le 27 décembre 1917, fille d’Adélard Huard et d’Éva Morin, est religieuse de la communauté des soeurs de la Charité de Saint-Louis.

[1] Le 28 février 1853.

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