Association des familles Huard

La vie après la mort de l’ancêtre Jean

La vie après la mort de l’ancêtre Jean

Le Lien, Volume 2, numéro 3, juillet-août-septembre 1992

Près de 50 ans après son arrivée en Nouvelle-France, notre ancêtre Jean Huard s’éteint, le 5 décembre 1708 à Saint-Joseph-de-Lévis. Pour sa femme, Marie-Anne, la vie doit continuer, car cinq enfants, âgés de 15 à 24 ans, sont toujours à ses côtés. Il s’agit de ses fils Étienne (22 ans) et Jacques (18 ans) et de ses filles Angélique (24 ans), Geneviève (16 ans) et la 2e Geneviève (15 ans). À la mort de Jean, Anne-Marie est âgée de 54 ans. Elle ne se remariera jamais.

Faut-il rappeler qu’à cette époque, la famille n’est pas encore dispersée. Mathieu et Jean-Baptiste, mariés depuis peu, ont des terres voisines de celle de leur mère. Quant aux filles, on les retrouve presque toutes à Saint-Joseph-de-Lévis.

La part d’héritage

En juillet 1718, dix ans après la mort de Jean, les enfants demandent à leur mère leur part d’héritage. Anne-Marie a alors 64 ans, elle ne peut plus cultiver la terre et le dernier fils encore à la maison, Étienne, projette de se marier l’année suivante. On fait donc l’inventaire des biens de la propriété, inventaire qui nous donne une bonne idée de la façon de vivre au début du 18e siècle. Grâce aux recherches de Gabriel Huard, relatées dans le volume « Les Huard, histoire d’une lignée », voici une liste partielle de ces biens.

« Dans la cuisine, une crémaillère une grille à sept branches, une petite poêle à frire,
deux fers à repasser, un petit poêlon, un briquet de cuivre jaune, une grande chaudière
de cuivre rouge, quatre seaux, une couchette avec paillasse de grosse toile,
emballage de lit en plumes, vieux couvre-lit, coffre de bois de pin fermant avec une clé. »

Voici également ce qui a été retrouvé à proximité de la maison d’Anne-Marie, comme animaux lui appartenant :

« quatre cochons, deux boeufs de travail âgés de 8 à 9 ans, deux vaches à lait, une vieille et une jeune,
deux petits taureaux d'environ un an et une taure »

On fait aussi mention dans cet inventaire, des dettes de la famille, qui ne sont pas très élevées d’ailleurs : «… à Mr. Barbel, quarante-huit livres et au sieur Charet, vingt livres ». Enfin, on n’oublie pas la propriété et les immeubles, paragraphe qu’on vous rapporte ici tel qu’il est écrit dans cet inventaire du notaire Saint-Vincent :

« … une terre sise et situé en la ditte seigneurie de lauson contenant quatre arpents de fron sur le
fleuve St-Laurent et quarante profondeur joignant des deux costes au nommé des Illets et sur
laquelle est construit une vieille maison de charpente couverte de planche cheminée 
de maconne a un bout avec une grange et une etable pareillement ».

II s’agit là de ce que l’on juge le plus intéressant, car c’est à peu près le tiers de la liste totale. On peut toutefois remarquer que les biens matériels mentionnés ne sont que ceux de la cuisine, ou pièce principale. La présence d’un lit à cet endroit est assez particulière. Mais n’oublions pas, nous sommes en 1718. Plus que deux enfants vivent encore avec leur mère, soient Étienne et la plus jeune des deux Geneviève, mais quelques années auparavant, le nombre de personnes vivant dans cette petite maison était beaucoup plus grand, d’où peut-être la nécessité de placer un lit dans la cuisine; ou encore, il s’agissait du lit de celui ou de celle qui était désigné l’hiver pour entretenir le feu du poêle… D’autre part, on peut dire qu’en matière d’animaux, Anne-Marie a tout ce qu’il lui faut, sans oublier son coffre en pin.

On partage la terre

Tous les biens ci-haut mentionnés sont laissés à l’aïeule, par consentement des enfants. On lui permet aussi d’en disposer à qui elle voudra bien. Quant à la terre, la moitié sera gardée par Anne-Marie et l’autre moitié, partagée entre les héritiers. Parlant de cette terre, dans l’inventaire des biens, le notaire Saint-Vincent prend la peine de souligner qu’elle est voisine des deux côtés de terres appartenant « au nommé des Illets ». II s’agit bien sûr de Mathieu Huard, dit Désilets qui, depuis quelques années déjà, possède les terres voisines de celle de sa mère, terres qu’il a acheté du seigneur de Lauzon en 1707 d’une part, et de Joseph Riverin en 1710 d’autre part.

Donc, après avoir laissé une terre de deux arpents de front sur quarante arpents de profondeur à Anne-Marie, on sépare, en douze parties égales, l’autre moitié de la concession de notre ancêtre. La façon de faire est simple: on place douze noms dans un chapeau et on attribue les parts en partant du nord-est vers le sud-ouest. À noter qu’on lègue une part aux héritiers d’Angélique, décédée en 1715, et que c’est dans cette répartition qu’on mentionne « Geneviève mariée et Geneviève fille » (voir Le Lien, Vol. 2 no2).

La vie reprend son cours et Anne-Marie vivra une vieillesse heureuse, entourée de ses onze enfants encore vivants et de ses petits-enfants. On sait déjà que ses fils Jean-Baptiste et Mathieu possèdent des terres voisines de la sienne. Quant à Étienne et Jacques, ils ont vécu à Saint-Joseph-de-Lévis puisque les naissances de leurs enfants apparaissent aux registres de cette paroisse. Vivront-ils sur la petite partie de terre qui leur a été léguée? Aident-ils leur mère à exploiter sa terre ou sont-ils installés ailleurs à Saint-Joseph? Nous ne le savons pas pour l’instant. Chose certaine, Anne-Marie quitte les siens le 16 décembre 1737 alors âgée de 83 ans. Elle laisse derrière elle onze enfants, tous mariés, de nombreux petits-enfants et quelques arrière-petits-enfants.

Dans la prochaine édition du Journal Le Lien, nous vous ferons part des récentes découvertes que nous avons faites, dans les brochures de Publications du Québec, « Place Royale, les familles-souches » et « Place Royale: berceau d’une ville », au sujet de la famille Amiot, Anne-Marie, ses parents et ses grands-parents.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top