Aurore « l’enfant martyre » était-elle la fille d’Élodia Huard?
Louis Huard a vécu à Drummondville
Le Lien, Volume 1, numéro 3, juillet-août-septembre 1991
Le 17 février 1888, à Sainte-Élisabeth-de-Warwick, Émilie Ricard, épouse de Louis Huard, donne naissance à un 6e enfant, une fille qui portera le nom d’Élodia. Celle-ci épouse le 4 septembre 1906, également à Sainte-Élisabeth, Georges Gagnon, fils de Clovis Gagnon et de Sara Parent, de Sainte-Victoire-d’Arthabaska. On croit que le couple avait trois filles, Aurore, Layette et Flore, née à Sainte-Élisabeth en 1911, lorsque le 22 juin 1913, Élodia donne naissance à un bébé qui ne vivra que quelques heures. Élodia ne survit d’ailleurs pas elle non plus à cet accouchement difficile. Elle meurt deux jours plus tard, âgée de 25 ans.
Selon les souvenirs de nos aînés encore parmi nous, il semble que Georges, le mari d’Élodia, était un voyageur de commerce, souvent loin de sa petite famille, et qu’après le décès d’Élodia, il ait quitté la région des Bois-Francs avec ses enfants et n’a pas gardé de contacts avec sa belle-famille Huard de Sainte-Élisabeth.
Sept ans plus tard, en février 1920, un drame est mis au jour au Québec. Une petite fille de 10 ans, Aurore Gagnon, meurt à Lotbinière, à la suite des mauvais traitements infligés par sa belle-mère. II n’en fallait pas plus pour que les membres de la famille Huard fassent le lien avec Aurore, fille de feue Élodia Huard et de Georges Gagnon, de qui ils n’ont plus de nouvelles depuis longtemps. Le doute a toujours persisté et persiste encore chez les cousins et cousines d’Élodia qui sont encore vivants.
Mais après certaines vérifications, il est clair qu’Aurore l’enfant martyre n’était pas la fille d’Élodia. Elle était plutôt l’enfant de Télesphore Gagnon, fils de Gédéon Gagnon et de Louise Lord, de Sainte-Philomène de Fortierville, et de Marie-Anne Caron, fille de Nérée Caron et d’Arzélie Hébert, également de Sainte-Philomène.
Pourquoi ces doutes de la famille Huard? Plusieurs détails concordaient avec le drame. D’abord, le nom et l’âge de la fillette (dix ans en 1920, donc née en 1910), et aussi le fait que le nom de Georges Gagnon ait aussi été mentionné dans l’enquête. Mais il s’agissait alors du fils de Marie-Anne Houde, la belle-mère d’Aurore, celle qui lui a infligé les mauvais traitements. Celle-ci avait eu elle aussi un premier mariage, avec Napoléon Gagnon, dont elle avait eu six enfants, dont un qui portait le nom de Georges et qui a été appelé à témoigner lors du procès.
II faut aussi se rappeler que nous sommes alors en 1920, que les moyens de communication ne sont pas ce qu’ils sont aujourd’hui, que les journaux de la Ville de Québec, où a lieu le procès, ne sont peut-être pas disponibles à Sainte-Élisabeth, que toute cette histoire provient probablement par bribes dans les Bois-Francs et que ce ne sont pas tous les habitants qui savent parfaitement lire ou écrire à cette époque. Ce sont là plusieurs facteurs qui ont sûrement créé de nombreux doutes parmi nos ancêtres. Mais aujourd’hui, nous sommes en mesure de constater que toutes ces rumeurs étaient inexactes.