Association des familles Huard

La première famille Huard en Nouvelle-France

Le Lien, volume 2, numéro 2, avril-mai-juin 1992

Mariés le 30 avril 1670, Jean Huard et Anne-Marie Amiot ne tarderont pas à avoir un premier enfant. Dix-sept mois après le mariage, Anne-Marie, alors âgée de 17 ans, donne naissance à une fille, à qui on donnera le nom de Marie. De 1671 à 1692, nos ancêtres auront treize enfants, soit quatre garçons et neuf filles. II semble que Jean et Anne-Marie n’ont pas eu à déplorer le décès de bébés ou d’enfants en bas âge, chose courante à cette époque. Du moins, les registres n’en font pas état.

Les familles ne sont pas nombreuses à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévy à cette époque. Il est donc normal que les enfants Huard fréquentent les jeunes des autres familles du coin. Ainsi, deux garçons, Jean-Baptiste et Mathieu Huard, vont marier les soeurs Angélique et Jeanne Jourdain, tandis que trois filles, Marie, Jeanne et Françoise Huard, vont épouser les frères Charles, Joseph et Eustache Couture, fils du célèbre coureur des bois Guillaume Couture, dont nous avons parlé dans le dernier journal Le Lien.

Deux fois le même nom

Fait assez étrange lorsqu’on porte attention à la nomenclature des enfants de Jean Huard et d’Anne-Marie Amiot, les deux plus jeunes filles portent le même prénom, Geneviève. Pourquoi ? Difficile à répondre. Mais comme l’explique Gabriel Huard dans son volume Les Huard, histoire d’une lignée, I’historien Tanguay a cru qu’il s’agissait de la même personne qui avait épousé successivement Louis Levasseur et Pierre Dussault. Mais quand on regarde de près certains faits, on en arrive à une conclusion différente.

Dans son dictionnaire généalogique, Jetté constate que Louis Levasseur a vu naître ses enfants entre 1717 et 1732, tandis que Dussault a vu les siens voir le jour entre 1721 et 1736. Donc, les naissances sont enregistrées à peu près à la même période, d’où l’impossibilité que la mère soit la même Geneviève Huard. De plus, Levasseur est décédé en 1757 longtemps après le supposé remariage de la fille de nos ancêtres.

Une autre preuve indiscutable de l’existence des deux soeurs portant le même nom nous vient de l’inventaire et du partage des biens de Jean et d’Anne-Marie, fait en 1718, deux ans après le mariage de l’aînée des deux Geneviève et deux ans avant l’union de la cadette avec Pierre Dussault. On indique bien dans ce document, fait devant notaire, qu’une terre est concédée à Geneviève mariée et une autre à Geneviève « fille ». Dans son ouvrage, Gabriel Huard rappelle qu’il est difficile de comprendre pourquoi les deux jeunes femmes ont le même prénom. Il lance quelques hypothèses. Peut-être est-ce là le prénom de leurs marraines respectives ? Ou bien la seconde Geneviève sera-t-elle née à un moment où l’on craignait fort pour la vie de la première ? Peut-être aussi, tout simplement, que l’une des deux s’appelait en réalité Marie-Geneviève mais n’utilisait couramment que son second prénom ?

Les enfants de Jean et d’Anne-Marie respectent bien les traditions de l’époque. Les filles se marient jeunes, souvent même avant d’avoir 20 ans. Quant aux garçons, ils attendent après 25 ans pour unir leur destinée : Mathieu et Jacques à 26 ans, Jean-Baptiste à 30 ans et Étienne à 33 ans. Si l’on excepte Louise, Ursuline, tous les enfants se sont mariés à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévy, sauf Étienne, à Saint-Augustin. La journée du 19 novembre 1716 a été marquée du mariage double de Jacques avec Angélique Boucher et de l’aînée des deux Geneviève, avec Louis Levasseur. De plus, quatre jours plus tard, le 23 novembre 1716, on note le 2e mariage de Marguerite Huard, avec Pierre Naud dit Labrie. II y a également eu deux mariages en 1705 (Marguerite en juin et Mathieu en septembre).

La mort de notre ancêtre Jean

Si l’on excepte Louise, Ursuline, décédée à l’âge de 27 ans en 1703, notre ancêtre aura la chance de voir lui survivre tous ses enfants. Il pourra même profiter d’une pension annuelle de 300 livres que le roi attribue aux habitants qui ont au moins dix enfants. Les allocations familiales datent de longtemps n’est-ce pas ?

La mort de l’ancêtre Jean survient le 5 décembre 1708. On pense qu’il aurait pu être victime d’une épidémie car du 5 au 26 décembre, on dénote sept décès dans les registres de Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévy. C’est beaucoup pour une si petite population. Quel âge a-t-il ? On ne le sait pas précisément. On dit dans les registres, au moins 76 ans. Cette incertitude vient du fait qu’on ne connaît pas la date de naissance exacte de Jean. Seuls les registres de Courson en France nous dévoileraient ce détail.

Dans la prochaine édition du Lien, nous verrons comment Anne-Marie a organisé la vie de sa famille après la mort de Jean. Cinq de ses 13 enfants sont encore à la maison paternelle en 1708. Nous parlerons également aussi de sa mort à elle, en 1737, et du partage de I’héritage.

 

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